Arnaud Brouquier

Directeur général Delta Sertec, entreprise qualifiée en courant faible
Président du Syndicat des installateurs et intégrateurs courant faible (S2ICF)

Les entreprises du courant faible qui n’interviennent que dans un seul domaine doivent absolument monter en compétence et s’ouvrir à d’autres spécialités à travers des formations si elles veulent rester sur ce marché.

« La qualification Courants Faibles doit devenir un Graal »

Le bâtiment intelligent redessine l’approche métier en courant faible et contraint les professionnels du secteur, représentés par le S2ICF, à monter en compétence pour s’adapter à une nouvelle donne. Pour Arnaud Brouquier, président du syndicat, cela passera par la formation et, grâce à l’action de Qualifelec, une revalorisation de la qualification.

Quel enjeu représente la mutation du bâtiment vers le « smart building » pour les métiers du courant faible que représente le S2ICF ?

Arnaud Brouquier : C’est un enjeu très important pour nous. Jusqu’à présent, tous les équipements que l’on installait dans le bâtiment – caméras de vidéoprotection, alarmes anti-intrusion, téléphones, antennes… – étaient mis en œuvre et fonctionnaient de manière autonome.

Aujourd’hui, le bâtiment est connecté, sécurisé et piloté à distance. Tous ces équipements sont en réseau, remontent de l’information en temps réel et permettent d’apporter des services aux usagers. L’« intégration » de tous ces systèmes mène à une plus grande spécialisation des métiers du courant faible.

Même si les produits sont plug & play, il faut du paramétrage, de la programmation à la mise en service, solutionner des contraintes électroniques ou logicielles pour mettre tous ces équipements en musique, et enfin, les maintenir quelle que soit leur marque… C’est un métier et c’est le nôtre, celui des électrotechniciens. Nous devons le faire évoluer vers l’informatique et le faire reconnaître, notamment à travers une nouvelle appellation, le terme « courant faible » étant de plus en plus mal perçu par notre profession.

L’objectif pour ces professionnels est de prendre l’entièreté du lot courant faible des projets en tant que multispécialistes ?

  1. B. : Absolument. Nous avons d’ailleurs entrepris une démarche auprès des pouvoirs publics et de la Fédération française du bâtiment pour que le Code de la construction systématise un lot « courant faible » (ou lot « IT », lot « Réseaux & Sécurité »…). Le « multispécialiste » n’existe pas encore, mais nous constatons que les entreprises se positionnent sur ce profil à travers la diversité de leurs équipes parce qu’un client va plus sûrement confier ses travaux à un professionnel en capacité de gérer l’ensemble du lot courant faible pour lui apporter un service complet. Les entreprises du secteur qui n’interviennent que dans un seul domaine doivent donc absolument s’ouvrir à d’autres spécialités si elles veulent rester sur ce marché. Il faut monter en compétence à travers des formations très spécifiques.

Qu’entendez-vous par « formations très spécifiques » ?

Nous devons développer plusieurs spécialités dans nos entreprises : WAN, LAN, équipements terminaux, objets connectés (IoT), et ne pas hésiter à agir en groupement avec d’autres entreprises, pour mutualiser nos forces et compétences et être mieux armés sur le marché. D’où l’intérêt d’échanger régulièrement avec des confrères régionaux et nationaux.

La qualification Courants Faibles de Qualifelec est-elle en adéquation avec ces évolutions ?

Nous y travaillons. Qualifelec a déjà fait évoluer ses qualifications CF1, CF2, CF3 couvrant la partie LAN et les équipements terminaux. Les qualifications T1, T2 et T3, qui concernent les antennistes, n’ont pas évolué mais restent indispensables de notre point de vue parce que beaucoup d’entreprises continuent d’intervenir dans le domaine des antennes de télévision numérique. En revanche, Qualifelec devrait créer une qualification pour les opérateurs informatiques (WAN) et il faut être attentif à ce qu’il se passe avec l’IoT.

Surtout, il est urgent de redonner de la valeur à la qualification Courants Faibles qui n’est pas assez reconnue. Trop souvent encore, les clients font le choix du moins disant ; la qualification n’est pas toujours un critère de choix d’entreprise suffisant et, pour celles qui ont fait l’effort de se qualifier, c’est décourageant. Il faut recréer un cercle vertueux, sans doute à travers une vaste campagne de communication, pour revaloriser cette garantie de professionnalisme, de savoir-faire et d’éthique. La qualification Courants Faibles de Qualifelec doit devenir un Graal.